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DE GAULLE appelle à l’unité d’une France unanimement résistante (octobre 1944)

« Enfin, nous devons nous unir. Assurément, nous autres, Français, sommes divers à tous égards. Nous le sommes par nos idées, nos professions, nos régions. Nous le sommes par notre nature qui nous a fait essentiellement critiques et individualistes. Nous le sommes aussi, hélas ! en conséquence des malheurs que nous venons de traverser et qui nous ont blessés et opposés les uns aux autres.
Mais, à part une poignée de misérables et d’indignes, dont l’État fait et fera justice, l’immense majorité d’entre nous furent et sont des Français de bonne foi. Il est vrai que beaucoup ont pu se tromper à tel moment ou à tel autre, depuis qu’en 1914 commença cette guerre de trente ans. Je me demande même qui n’a jamais commis d’erreur ? Il est vrai que certains ont pu céder à l’illusion ou au découragement quand le désastre et le mensonge avaient submergé notre pays. Il est vrai que même parmi ceux qui s’opposèrent vaillamment à l’ennemi, il y a eu des degrés divers dans le mérite […]. Mais quoi ? La France est formée de tous les Français. Elle a besoin, sous peine de périr, des cœurs, des esprits, des bras de tous ses fils et de toutes ses filles. Elle a besoin de leur union, non point celle que l’on proclame dans des programmes ou des discours pour la compromettre en même temps par querelles, outrages et surenchères, mais de leur union réelle, sincère, fraternelle. »

 

Discours de Charles DE GAULLE prononcé à Paris le 14 octobre 1944

Le discours de DE GAULLE à Paris le 25 août 1944 : les débuts du mythe résistancialiste

Dans son discours du 25 août 1944, à l’Hôtel de ville de Paris, le général DE GAULLE pose, selon l’historien Henry ROUSSO, la « première pierre du mythe fondateur de l’après-Vichy ».

 

« Pourquoi voulez-vous que nous dissimulions l’émotion qui nous étreint tous, hommes et femmes, qui sommes ici chez nous, dans Paris libéré, debout ? Non, nous ne dissimulerons pas ici cette émotion profonde et sacrée. Il y a là des minutes dont nous savons tous qu’elles dépassent chacune de nos pauvres vies. Paris, Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé, mais Paris libéré, libéré par lui-même, libéré par son peuple, avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France qui se bat c’est-à-dire la vraie France, la France éternelle. […]

Eh bien ! puisque Paris est libre puisque l’ennemi qui le tenait a capitulé dans nos mains, la France rentre à Paris chez elle. Elle y rentre sanglante, mais elle y rentre bien résolue. Elle y rentre éclairée par d’amères leçons, mais elle y rentre plus certaine que jamais de ses devoirs et de ses

droits. J’ai dit d’abord de ses devoirs, ce qui exprime tout pour le moment. Nous savons qu’il s’agit de la guerre. L’ennemi n’est pas encore abattu, il en reste sur notre territoire. Mais il ne suffira pas que nous l’ayons, avec le concours de nos chers et admirables alliés, chassé de chez nous, pour que nous nous tenions pour satisfaits. Nous voulons sur son territoire entrer, comme il se doit, en vainqueurs. […]

C’est pour cela que l’avant-garde française est entrée à Paris coups de canon. C’est pour cela que la grande armée française d’Italie a débarqué dans le Midi et remonte rapidement la vallée du Rhône. C’est pour cela que nos braves et chères forces de l’intérieur vont devenir des unités bien armées. C’est pour avoir cette revanche, cette vengeance, que nous saurons continuer de nous battre jusqu’au dernier jour, jusqu’au jour de la victoire complète et totale, la seule qui saura nous satisfaire. Ce devoir de guerre, tous les hommes qui sont ici et ceux qui nous entendront en France, savent bien qu’il comporte d’autres devoirs, dont le principal s’appelle l’unité nationale. […]

La nation n’admettrait pas, dans la situation où elle se trouve, que cette unité soit rompue. La nation sait bien que pour vaincre, pour se reconstruire et pour être grande, il lui faut avoir avec elle tous ses fils. La nation sait bien que ses fils et ses filles, hormis quelques malheureux traîtres, qui se sont livrés à l’ennemi ou lui ont livré les autres et qui connaîtront la rigueur des lois, tous les fils de France marchent et marcheront pour le combat de la France, la main dans la main. […] Vive la France ! »

 

Allocution du général DE GAULLE devant l’Hôtel de ville de Paris, 25 août 1944

Discours de DE GAULLE sur l’autodétermination (septembre 1959)

« Grâce au progrès de la pacification, au progrès démocratique, au progrès social, on peut maintenant discerner le moment où les femmes et les hommes qui habitent l’Algérie seront en mesure de décider de leur destin une fois pour toutes, librement, en connaissance de cause. Compte tenu de toutes les données, algériennes, nationales, internationales du problème, je considère comme nécessaire que ce recours à l’autodétermination soit proclamé aujourd’hui. Je poserai la question aux Algériens, en tant qu’ils sont des individus. Car, depuis que le monde est le monde, il n’y a jamais eu d’unité, ni à plus forte raison de souveraineté algérienne : Carthaginois, Romains, Vandales, Byzantins, Arabes de Syrie, Arabes de Cordoue, Turcs, Français ont tour à tour pénétré le pays sans qu’à aucun moment et d’aucune façon il y ait eu un Etat algérien. Quant à la date du vote, je la fixerai le moment venu, mais au plus tard 4 années après la paix revenue : j’entends par là une situation telle qu’embuscades et attentats ne coûteront pas la vie de plus de 200 personnes en un an. Ce critérium permettra de commencer la période où tout devrait être remis en place, où les libertés publiques et individuelles seront rétablies, où la vie normale reprendra, où les prisons et les camps seront vidés, où les exilés pourront rentrer et où la population sera en mesure de prendre conscience de l’enjeu. Je déclare d’avance que j’invite à cette consultation, à assister à cet aboutissement décisif, j’invite les informateurs du monde entier et je leur garantis qu’ils pourront faire leur office sans entrave. Mais, ce destin politique que les Algériennes et les Algériens auront à choisir dans la paix, quel peut-il être ? Comme il est de l’intérêt de tout le monde et comme il est de l’intérêt de la France que la question soit tranchée sans aucune ambiguïté, nous regardons les choses comme elles sont. En fait de destin politique, chacun sait qu’on peut en imaginer trois. Eh bien, les trois solutions concevables seront l’objet de la consultation. Ou bien la sécession où certains croient trouver l’indépendance. Alors la France quitterait les Algériens qui auraient manifesté la volonté de se séparer d’elle ; ils organiseraient sans elle le territoire où ils habitent, les ressources dont ils peuvent disposer, le gouvernement qu’ils souhaitent. Pour ma part, je considère qu’un tel aboutissement serait invraisemblable et désastreux. L’Algérie étant actuellement ce qu’elle est, et le monde ce que nous savons, la conséquence de la sécession serait une misère épouvantable, un affreux chaos politique, un égorgement généralisé et bientôt la dictature belliqueuse des communistes. Mais il faut que le démon soit exorcisé et qu’il le soit par les Algériens. Car, si par un extraordinaire malheur il devait arriver que telle fut leur volonté, la France cesserait à coup sûr de consacrer tant de valeurs et tant de milliards à une cause sans espérance. Dans cette triste hypothèse, il va de soi que ceux des Algériens de toute origine qui voudraient rester Français le resteraient ; que la France réaliserait, si c’était nécessaire, leur regroupement et leur établissement ; et que toute disposition serait prise pour que l’exploitation, l’acheminement, l’embarquement du pétrole saharien, qui sont l’oeuvre de la France et qui intéressent tout l’Occident, soient assurés, quoiqu’il arrive. Ou bien la francisation complète, telle qu’elle est d’ailleurs impliquée dans l’égalité des droits. Les Algériens pouvant accéder à toutes les fonctions politiques, administratives, judiciaires, entrer dans tous les services publics, bénéficiant en fait de traitement, de salaire, d’assurance sociale, d’instruction, de formation professionnelle, de toutes les dispositions prévues pour la Métropole ; résidant et travaillant où bon leur semble, sur toute l’étendue du territoire de la République ; bref, vivant en moyenne sur le même pied, au même niveau que les autres citoyens et faisant partie intégrante du peuple français qui dès lors s’étendrait effectivement depuis Dunkerque jusqu’à Tamanrasset. Ou bien, le gouvernement des Algériens par les Algériens, appuyé sur l’aide de la France et en union étroite avec elle pour l’économie, l’enseignement, la défense, les relations extérieures. Dans ce cas il faudrait que le régime intérieur de l’Algérie fut du type fédéral pour que les communautés diverses : Française, Arabe, Kabyle, Mozabite, etc., qui cohabitent dans le pays y trouvent des garanties de leur vie propre et un cadre pour leur coopération. »

Discours de DE GAULLE (alors président de la République) sur l’autodétermination du 16 septembre 1959

Le général DE GAULLE s’adresse au Parlement après les accords d’Evian (mars 1962)

« Mesdames, Messieurs les députés,

La  politique  poursuivie  par  la  République  depuis  tantôt  quatre  années  au  sujet  de l’Algérie  a  été,  à mesure  de  son  développement,  approuvée  par  le  Parlement,  soit explicitement,  soit  du  fait  de  la  confiance  qu’il  n’a  cessé  d’accorder  au  gouvernement responsable.  Le  référendum  du  8  janvier  1961  a  démontré,  quant  à  la  direction  ainsi tracée, l’accord massif et solennel du pays.

Mais,   voici   que   la   proclamation   du   cessez-le-feu,   les   mesures   fixées   pour l’autodétermination  des populations,  les  conditions  adoptées  quant  à  la  coopération  de l’Algérie et de la France […] dans le cas où l’autodétermination instituerait un État algérien indépendant, marquent une étape décisive de cette politique. L’ensemble des dispositions arrêtées  en  conclusion  des  négociations  d’Evian  avec  les  représentants  du  FLN et  des consultations   menées   auprès   d’autres   éléments   représentatifs   algériens   se   trouve maintenant formulé dans les déclarations gouvernementales du 19 mars 1962.

Nul  ne  peut  se  méprendre  sur  la  vaste  portée  de  cet  aboutissement  en  ce  qui concerne,  tant  la  vie  nationale  de  la  France,  que  son  œuvre  africaine  et  son  action internationale.  Nul  ne  peut,  non  plus,  méconnaître  les  difficultés  d’application  qui  en résultent  aujourd’hui  et  risquent  d’en  résulter  demain,  non  seulement  quant  à  la  situation d’un grand nombre de personnes et de beaucoup de choses, mais aussi dans le domaine de  l’ordre  public  et  de  la  sûreté  de  l’État.  Il  m’apparaît  donc  comme  nécessaire  que  la nation  elle-même  sanctionne  une  aussi  vaste  et  profonde  transformation  et  confère  au chef de l’État et au Gouvernement les moyens de résoudre, dans les moindres délais des problèmes qui seront posés à mesure de l’application.

C’est  pourquoi,  en  vertu  de  l’article  11  de  la  Constitution  j’ai  décidé,  sur  la proposition  du  Gouvernement,  de  soumettre  au  référendum  un  projet  de  loi  comportant l’approbation   des   déclarations   gouvernementales   du   19   mars   1962   ;   autorisant   le Président  de  la  République  à  conclure  les  actes  qui  seront  à  établir  au  sujet  de  la coopération  de  la  France  et  de  l’Algérie  si l’autodétermination  institue  un  État  algérien indépendant et enfin et jusqu’à ce que soient, dans cette éventualité, créés en Algérie des pouvoirs  publics  algériens,  attribuant  au  Président  de  la  République  le  pouvoir  d’arrêter, par ordonnances ou par décrets pris en conseil des ministres, toutes mesures relatives à l’application de ces mêmes déclarations.

Au moment où  semblent  s’achever  enfin  les  combats  qui  se  déroulent depuis  plus de sept ans et où s’ouvre à la France nouvelle et à l’Algérie nouvelle, la perspective d’une féconde  et  généreuse  coopération,  je  suis  sûr,  mesdames,  messieurs  les  députés,  que vous voudrez vous joindre à moi pour élever le témoignage de notre confiance et de notre espérance vers la patrie et vers la République. »

 

Extraits  du  message  du  général DE GAULLE  au  Parlement lu  en  session extraordinaire de l’Assemblée nationale, le 20 mars 1962. Journal  officiel  de  la  République française,  débats  parlementaires,  21  mars 1962

Les trois voies pour sortir du « problème » algérien selon DE GAULLE (1959)

« Notre redressement se poursuit. […] L’unité nationale est ressoudée. La République dispose d’institutions solides et stables. […]

Pourtant devant la France un problème difficile et sanglant reste posé : celui de l’Algérie. Il nous faut le résoudre ! Nous ne le ferons certainement pas en nous jetant les uns aux autres à la face les slogans stériles et simplistes […]. Nous le ferons comme une grande nation et par la seule voie qui vaille, je veux dire par le libre choix que les Algériens  eux – mêmes voudront faire de leur avenir.

A vrai dire beaucoup a été fait déjà pour préparer cette issue. Par la pacification, d’abord. Car rien ne peut être réglé tant qu’on tire et qu’on égorge. A cet égard je ne dis pas que nous en soyons au terme. […] Notre armée accomplit sa mission courageusement et habilement, en combattant l’adversaire et en entretenant avec la population des contacts larges et profonds qui n’avaient jamais été pris. Que nos soldats, en particulier les 120 000 qui sont musulmans, aient fléchi devant leur devoir, ou bien que la masse Algérienne se soit tournée contre la France, alors c’était le désastre ! Mais comme il n’en a rien été le succès de l’ordre public […] se trouve désormais bien en vue.

La deuxième condition du règlement est que tous les Algériens aient le moyen de s’exprimer par le suffrage vraiment universel. Jusqu’à l’année dernière ils ne l’avaient jamais eu. Ils l’ont à présent grâce à l’égalité des droits, au collège unique, au fait que les communautés les plus nombreuses, celles des musulmans, sont assurées d’obtenir dans tous les scrutins la grande majorité des élus. […] Le 28 septembre dernier les Algériens  ont, par référendum, adopté la Constitution et marqué leur intention que leur avenir se fasse avec la France. Le 30 novembre, ils ont élu leurs députés ; le 19 avril, leurs conseils municipaux ; le 31 mai, leurs sénateurs. […] En tout cas la voie est ouverte. […]

Car résoudre la question Algérienne, […] c’est surtout, traiter un problème humain. […] 8 000 hectares de bonnes terres sont en voie d’attribution à des cultivateurs musulmans. […] Dans six semaines le pétrole d’Hassi-Messaoud arrivera sur la côte, à Bougie. Dans un an, celui d’Edjelé atteindra le golfe de Gabès. En 1960, le gaz d’Hassi-R’Mel commencera d’être distribué à Alger et à Oran, en attendant de l’être à Bône. Que la France veuille et qu’elle puisse poursuivre avec les Algériens  la tâche qu’elle a entreprise et dont elle seule est capable, l’Algérie sera dans quinze ans un pays prospère et productif.

Grâce au progrès de la pacification, au progrès démocratique, au progrès social, on peut maintenant envisager le jour où les hommes et les femmes qui habitent l’Algérie seront en mesure de décider de leur destin, une fois pour toutes, librement, en connaissance de cause. […]

Mais le destin politique, qu’Algériennes et Algériens auront à choisir dans la paix, quel peut-il être ? […] Les trois solutions concevables feront l’objet de la consultation. Ou bien : la sécession, où certains croient trouver l’indépendance. La France quitterait alors les Algériens qui exprimeraient la volonté de se séparer d’elle […]. Ou bien la francisation complète, telle qu’elle est impliquée dans l’égalité des droits ; les Algériens pouvant accéder à toutes les fonctions politiques, […] et devenant partie intégrante du peuple français, qui s’étendrait dès lors, effectivement, de Dunkerque à Tamanrasset. Ou bien : le gouvernement des Algériens par les Algériens, appuyé sur l’aide de la France et en union étroite avec elle, pour l’économie, l’enseignement, la défense, les relations extérieures […].

Le sort des Algériens appartient aux Algériens, non point comme le leur imposeraient le couteau et la mitraillette, mais suivant la volonté qu’ils exprimeront légitimement par le suffrage universel. »

 

Charles DE GAULLE (président de la République), allocution radio-télévisée prononcée au palais de l’Elysée le 16 septembre 1959

DE GAULLE justifie la présidentialisation et le renforcement du rôle de l’État

« En décidant que le chef de l’État sera élu au suffrage universel […] ; en approuvant après quatre ans d’expérience, la façon dont sont exercées les attributions du Président de la République ; en consacrant le principe et les conditions d’emploi du référendum ; tout le monde pense que notre pays a tranché les controverses qui s’étaient présentées en ce qui concerne le caractère, le sens, la portée de la réforme constitutionnelle que nous avons accomplie.
Ce qui saute aux yeux dans cette réforme constitutionnelle, c’est, me semble-t-il, qu’elle a réussi parce qu’avant tout, elle correspond à une nécessité vraiment absolue des temps modernes. Il est banal de constater que l’évolution actuelle rend toujours, et de plus en plus essentiel le rôle de l’État. Et il n’y a pas d’activité nationale qui dès à présent puisse s’exercer sans son consentement. Souvent, sans son intervention. Et parfois sans sa direction. Tout et même le sort de chacun est donc lié plus ou moins directement à l’action des pouvoirs publics, laquelle se traduit par une orientation nationale, par des règlements et par des lois.
À cette action-là comme à toute action, il faut une tête et comme cette tête est une personne, […] il convient que cette personne reçoive l’expression personnelle de la confiance de tous les intéressés. Mais il faut en tenir compte aussi, de ce fait écrasant, que dans la situation politique et stratégique où se trouve le monde, il y a des pays, en particulier le nôtre, qui sont tout le temps, on peut le dire, en danger de mort subite. […]
Je crois que ce sont ces conditions qui ont exclu dorénavant notre ancien système, assez instable, assez incertain, assez inconstant qu’on appelle le système des partis. »

 

Extraits de la conférence de presse donnée par le président Charles DE GAULLE le 14 janvier 1963

DE GAULLE présente sa rénovation de l’État sous le GPRF

Dans ses mémoires, Charles DE GAULLE rappelle quelques grands traits du gouvernement de la France après la Seconde Guerre mondiale.

 

« On peut dire qu’un trait essentiel de la résistance française est la volonté de rénovation sociale. Mais il faut la traduire en actes. Or, en raison de mes pouvoirs et du crédit* que m’ouvre l’opinion, j’ai les moyens de le faire. […]
Étant donné que l’activité du pays dépend du charbon, du courant électrique, du gaz, du pétrole et dépendra un jour de la fission de l’atome, que pour porter l’économie française au niveau qu’exige le progrès ces sources doivent être développées, qu’il y faut des dépenses et des travaux que seule la collectivité est en mesure d’accomplir, la nationalisation s’impose.
Dans le même ordre d’idée, l’État se voit attribuer la direction du crédit. En effet, dès lors qu’il lui incombe de financer lui-même les investissements les plus lourds, il doit en recevoir directement les moyens. Ce sera fait par la nationalisation de la Banque de France et des grands établissements de crédit. […]
Enfin, pour amener l’économie nouvelle à s’investir, c’est-à-dire à prélever sur le présent afin de bâtir l’avenir, le « Haut-commissariat au Plan d’équipement et de modernisation » sera créé pendant cette même année. Mais il n’y a pas de progrès véritable si ceux qui le font de leurs mains ne doivent pas y trouver leur compte. Le gouvernement de la Libération entend qu’il en soit ainsi, non seulement par des augmentations de salaires, mais surtout par des institutions qui modifient profondément la condition ouvrière. L’année 1945 voit refondre entièrement et étendre à des domaines multiples le régime des assurances sociales. Tout salarié en sera obligatoirement couvert. Ainsi disparaît l’angoisse, aussi ancienne que l’espèce humaine, que la maladie, l’accident, la vieillesse, le chômage faisaient peser sur les laborieux. […] D’autre part, un système complet d’allocations familiales est alors mis en vigueur. »

 

* « …crédit que m’ouvre l’opinion » : crédit a ici le sens de « confiance de l’opinion » et non le sens financier que le mot prend dans le reste du texte.

 

Charles DE GAULLE, Mémoires de guerre, Le Salut, 1944-1946, Plon, 1959.