Léon BLUM s’adresse aux Français le 5 juin 1936

Le gouvernement de Front Populaire est constitué [les partis de gauche ont remporté les élections législatives de mai 1936]. […]

Le gouvernement se présentera dès demain devant les Chambres. Dès aujourd’hui, il veut prendre contact avec le pays. Son programme est le programme de Front Populaire. Parmi  les  projets  dont  il  annoncera  le  dépôt  immédiat  et  qu’il  demandera  aux  deux  Chambres  de voter avant leur séparation figurent : la semaine de quarante heures ; les contrats collectifs ; les congés payés. C’est-à-dire les principales réformes réclamées par le monde ouvrier.

Il est donc résolu à agir avec décision et rapidité, pour les travailleurs de la terre comme pour les travailleurs des usines. Il  fera  tout  son  devoir.  Il  ne  manquera  à  aucun  des  engagements  qu’il  a  pris.  Mais  sa  force réside avant tout dans la confiance qu’a mise en lui le peuple de France, et il en réclame aujourd’hui le témoignage aux millions d’électeurs qui l’ont porté au pouvoir.

L’action  du  gouvernement,  pour  être  efficace,  doit  s’exercer  dans  la  sécurité  publique.  Elle  serait paralysée par toute atteinte à l’ordre, par toute interruption dans les services vitaux de la nation. Toute  panique,  toute  confusion  serviraient  les  desseins  obscurs  des  adversaires  du  Front  Populaire,  dont certains guettent déjà leur revanche.

Le gouvernement demande donc aux travailleurs de s’en remettre à la loi pour celles de leurs revendications qui doivent être réglées par la loi, de poursuivre les autres dans le calme, la dignité et la discipline.  Il  demande  au  patronat  d’examiner  ces  revendications  dans  un  large  esprit  d’équité.  Il  déplorerait  qu’une  tactique  patronale  d’intransigeance  parût  coïncider  avec  son  arrivée  au  pouvoir.  Il  demande enfin au pays tout entier de conserver son sang-froid, de se défendre contre les exagérations crédules  et  les  rumeurs  perfides,  d’envisager  avec  pleine  maîtrise  de  lui-même  une  situation  déjà  dramatisée par les observateurs malveillants de la France, mais que les efforts d’une volonté commune doivent suffire à résoudre. La victoire des 26 avril et 3 mai reçoit aujourd’hui sa pleine consécration. Un grand avenir s’ouvre devant la démocratie française. Je l’adjure, comme chef du gouvernement, de s’y engager avec cette force tranquille qui est la garantie de victoires nouvelles.

Appel radiodiffusé de Léon BLUM (1872-1950) le 5 juin 1936 à 12 h 30 (répété à 13 h 30 et dans la soirée).

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