Le Moyen-Orient et le pétrole depuis les années 1970

« Au début des années 70, la demande de pétrole s’accroît, notamment en provenance des Etats-Unis où l’extraction est de plus en plus coûteuse. Ceux-ci préfèrent s’approvisionner à bas prix au Moyen Orient. Le dollar se dévalue : les pays exportateurs s’estiment exploités. […] Parallèlement, les membres de l’OPEP affirment leur souveraineté sur leurs ressources pétrolières, tenant un discours radical (Algérie, Libye, Irak), ou souhaitant une prise de participation progressive. Les relations se durcissent au moment de la guerre du Kippour (octobre 1973). Par solidarité avec les Palestiniens, les pays arabes décident d’utiliser l’arme du pétrole et prennent les mesures suivantes : réduction du volume des exportations ; embargo total contre plusieurs pays occidentaux, dont les Etats-Unis ; quadruplement du prix du pétrole brut à 11,65 dollars […].
Les principales victimes de cette hausse sont en fait les pays en développement, qui s’endettent auprès de la communauté internationale. […] Dans ce contexte de déséquilibres persistants, et malgré des signes de reprise économique, la chute du Shah d’Iran en 1979 entraîne le retrait du pétrole iranien, provoque le deuxième choc pétrolier et relance la hausse des prix. En réalité, il s’agit de la deuxième étape d’un double choc qui, en une petite décennie, transforme de fond en comble l’économie de la planète et favorise la mondialisation du pétrole. […] Dans cette optique, le Moyen Orient, parce qu’il dispose de réserves importantes exploitables à des coûts très inférieurs à ceux des autres régions pétrolières, occupe une place privilégiée. C’est pourquoi, la communauté internationale, se souciant de plus en plus du libre accès de tous aux ressources pétrolières de la planète, ne peut s’en désintéresser. Cet intérêt justifie la guerre du Golfe en 1991. […] Parce que le Moyen Orient peut toujours être le lieu de conflits armés, la consolidation des autres régions pétrolières reste néanmoins un objectif partagé par la communauté internationale. Les recherches y contribuent dans le Golfe de Guinée, dans le Golfe du Mexique, en mer Caspienne, au Brésil, en Australie. […]
Avec plus de 60% des réserves mondiales prouvées, le Moyen Orient est, sans contestation possible, le cœur pétrolier du monde. En son sein, l’Arabie Saoudite arrive largement en tête avec quelques 264 milliards de barils de réserves prouvées sur un total mondial de 1 200 milliards […]. Elle est suivie par quatre autres États riverains du Golfe persique : l’Iran (137 milliards de barils), l’Irak (115), le Koweït (101) et les Émirats arabes unis (98). Côté production, là encore, les États du Moyen Orient occupent le premier rang. Si l’on met en rapport production et réserves disponibles, cette région bénéficie d’un potentiel de plus de quatre-vingt années de production, soit dix fois plus que l’Europe et quatre fois plus que l’Amérique. Cette place prédominante des pays du Moyen Orient explique largement la sensibilité des grandes puissances industrielles aux soubresauts politiques qui agitent cette région. […] Qu’une tension survienne et elle se répercute instantanément sur les prix internationaux car, immédiatement, la pénurie effraie et le libre approvisionnement est menacé. »

 

Dossier « Le pétrole, un enjeu international », La Documentation française, 2011

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