2009-2019 : la crise de la confiance politique

Madani CHEURFA, Flora CHANVRIL, 2009-2019 : la crise de la confiance politique, rapport du CEVIPOF (Sciences Po), janvier 2019.

 

Le Centre d’étude de la vie politique (CEVIPOF) mesure depuis 2009 la « confiance politique » des Français et la dernière enquête (réalisée par Opinionway du 13 au 24 décembre) a révélé, dans le contexte des mouvements « Gilets jaunes » que « nous n’avions jamais vu un tel sentiment de dégoût, de morosité mais aussi de colère », selon le coordinateur du baromètre, Bruno CAUTRES.

S’essayant à une synthèse de dix années d’enquêtes, le CEVIPOF a publié un rapport ce mois-ci soulignant que « la période 2009-2019 a été une décennie noire pour la confiance politique en France », confiance par ailleurs considérée par les rédactrices comme « la valeur cardinale de la démocratie ». Ce bilan négatif peut néanmoins, à certains égards, être nuancé. Voici quelques informations et chiffres à retenir :

  • sur le plan personnel, les Français expriment leur sentiment de lassitude (état d’esprit de 26 % des sondés en 2009, 32 % aujourd’hui) ;
  • face aux sentiments de morosité, de méfiance et de lassitude, la pensée individualiste tend à s’imposer puisque la confiance en soi a progressé (76 % des interrogés estiment que les gens peuvent changer la société par leurs choix et leurs actions) ;
  • le pessimisme dans l’avenir est fortement marqué dès 2009 : 67 % des sondés considéraient que les générations futures auraient moins de chances de réussir que leurs parents en 2009, 58 % en 2018 (soit 66 % en moyenne pour la décennie). Seuls 37 % se disent optimistes pour leur avenir et 49 % estiment même, en moyenne, que les jeunes ont intérêt à quitter la France pour s’assurer un avenir professionnel ;
  • depuis 10 ans, 79 % des Français expriment des sentiments négatifs vis-à-vis de la politique (dont 39 % de la méfiance et 28 % du dégoût) même s’ils sont 57 % à s’y intéresser ;
  • En dix ans, 85% des personnes interrogées ont considéré que les responsables politiques ne se préoccupent pas d’elles. Ces mêmes personnes ont pensé, à 74%, que ce personnel politique est plutôt corrompu. Pour gouverner le pays, 61% des interrogés n’ont eu confiance ni en la gauche , ni en la droite ;
  • Si 89 % des sondés sur les dix années sont attachés à la démocratie, 63 % considèrent qu’elle ne fonctionne pas bien et 59 % estime qu’il faudrait qu’il faudrait que ce soient les citoyens et non un gouvernement qui décident de ce qui semble meilleur pour le pays ;
  • En 2018, les Français étaient seulement 23% à faire confiance au président de la République actuel, la moyenne pour les dix années étant de 28 %. En fait, la confiance envers les acteurs élus progresse en fonction de la proximité de ceux-ci : 60 % des sondés affirment faire confiance au maire, 41 % au député, 33 % au Premier ministre et 29 % au député européen ;
  • Enfin, la confiance envers les autres acteurs politiques et sociaux suit aussi cette logique de proximité. Sur les dix années, la confiance envers la Sécurité sociale, l’école, la police, les associations, les hôpitaux dépasse les 60 %. Les syndicats (30 %), les banques (28 %), les médias (25 %) et les partis politiques (12 %) sont en bas de classement.

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