Shanghai, la nouvelle ville-monde (Le Point, 2011)

« New York peut trembler. Dès 2020, si l’on en croit les autorités locales, Shanghai sera le plus grand port du monde, la première place financière, le cœur d’un réseau de transports ultramodernes où les trains magnétiques croiseront des autoroutes suspendues, sur lesquelles rouleront des voitures électriques… Le principal centre de recherche et développement de la planète, la capitale des industries de pointe… A Shanghai, tout est superlatif, on en perd le souffle !

La roue tourne. Pour les Shanghaïens, aucun doute n’est permis. La Chine au sud du fleuve Bleu, dont Shanghai est aujourd’hui le cœur battant, n’était-elle pas symbolisée dans la tradition millénaire par un Phénix, cet oiseau mythique capable de renaître à l’infini ? Dans les années 30, Shanghai était déjà « l’Etoile de l’Asie ». Elle attirait dans ses concessions tout ce que le monde comptait alors d’aventuriers, de marchands, de réfugiés aussi, qui quittaient une Europe dévastée par la Première Guerre mondiale. Ouverte, internationale […] Shanghai faisait vibrer tous les imaginaires.

Puis vinrent l’occupation japonaise, la guerre civile entre nationalistes et communistes, le nouveau régime en 1949, les purges, le départ des étrangers, les excès de la Révolution culturelle…  Au début des années 80, Shanghai n’était plus qu’un vieux port endormi. Mais, en 1992, le père des réformes, DENG Xiaoping, a décidé d’en faire la vitrine de l’ouverture et de la modernisation chinoise.

Vingt ans ont passé… Il suffit de marcher sur le Bund, la célèbre promenade qui borde le fleuve, pour comprendre que le rêve est devenu réalité. Les rives marécageuses de Pudong, de l’autre côté du Huangpu, où l’on se rendait à l’époque en ferry, sont à présent reliées par des kilomètres de tunnels et de ponts.

Une ville ahurissante a germé, forêt de gratte-ciel audacieux qui titillent les nuages. Les plus grands architectes internationaux ont été appelés à les signer. De toute part, on accourt vers cette mégapole de 23 millions d’habitants qui ne cesse de gonfler : Chinois du continent, Taïwanais, Japonais, Coréens, mais aussi Américains ou Européens débarquent chaque jour dans cette ville qui ne s’arrête jamais, ni la nuit ni aucun jour de la semaine ou de l’année. On y donne les fêtes les plus extravagantes. Depuis juin, Pékin et Shanghai sont reliées en cinq heures par un TGV. Une trentaine de vols quotidiens les unissent. »

 

Caroline PUEL, « Shanghai, la nouvelle ville-monde », Le Point, 15 décembre 2011

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