TERMINALE ES/L » La Chine et le monde depuis 1949 » Textes chine et monde »

La Chine sur la voie de la puissance économique et de la démocratie selon HU Jintao (2004)

Il y a 25 ans, sous la conduite de Monsieur DENG Xiaoping, la Chine a lancé une nouvelle politique de réforme et d’ouverture sur l’extérieur pour explorer une nouvelle voie du développement socialiste, en axant toutes ses activités sur sa modernisation. Après 25 ans d’efforts inlassables, de 1979 à 2003, les forces productives de la société chinoise et la puissance globale de la Chine n’ont cessé de se développer pour atteindre de nouveaux paliers : le système d’économie de marché socialiste a été institué pour l’essentiel ; une économie ouverte sur l’extérieur a été mise en place ; tous les secteurs d’activité ont connu un développement général et la population chinoise, dans son ensemble, a accès à une vie d’aisance moyenne. En 25 ans, le PIB est passé de 147,3 milliards de dollars [américains] à plus de 1 400 milliards de dollars ; […] les investissements étrangers qui étaient nuls, ont atteint 679,6 milliards ; […] et la Chine occupe aujourd’hui la première place pour la production de charbon brut, d’acier, de ciment, de téléviseurs-couleurs et de téléphones portables. […]
La réforme du système économique s’accompagne de celle sur le plan politique. La démocratie socialiste constitue un objectif que nous poursuivons constamment. Nous avons dit clairement que sans la démocratie, il n’y aurait pas de socialisme, ni de modernisation socialiste. Nous avons donc déployé de grands efforts pour promouvoir la réforme des structures politiques. […] Le peuple chinois a vu ses droits civils et politiques ainsi que ses libertés fondamentales sauvegardées et protégées en vertu de la loi. […]
La réforme et l’ouverture sur l’extérieur ont enregistré des succès indéniables. Mais avec ses 1,3 milliards d’habitants et une base économique faible, la Chine demeure un pays aux forces productives sous-développées, confrontée aux inégalités de développement entre régions. Classée 6e pour son PIB, la Chine n’est pas dans les cent premiers pays pour son PIB par habitant qui dépasse à peine 1 000 USD. Elle a encore un long chemin à parcourir avant de réaliser sa modernisation et d’assurer à tous les Chinois une vie aisée. »

 

Discours du Président de la République Populaire de Chine HU Jintao devant l’Assemblée nationale française à Paris, 27 janvier 2004

François HOLLANDE donne une image partiale de la Chine (2014)

Aujourd’hui, c’est la Chine et la France qui se retrouvent une fois encore. Les liens qui unissent nos deux pays s’inscrivent loin dans notre histoire. […] Et dans ce long récit, un acte plus important que tout autre a été posé le 27 janvier 1964. […] Là, le général DE GAULLE avait raccourci pour mieux forcer sa pensée et il avait ainsi écrit : « Le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République populaire de Chine ont décidé, d’un commun accord, d’établir des relations diplomatiques ». […]

50  ans  plus  tard,  nous  pouvons  aussi  mesurer  le  chemin  parcouru.  La  Chine,  sous l’impulsion de DENG Xiaoping, a pris la voie de la réforme et de l’ouverture. Elle est devenue  en  30 ans  la  deuxième  puissance  économique  du  monde,  un  grand  pays scientifique avec plus d’un tiers des ingénieurs formés chaque année dans le monde. […] La Chine, c’est également la troisième nation à avoir conquis la Lune. La Chine, elle est portée par la dynamique d’abord de son émergence, ensuite de son influence. Et elle poursuit un développement à un rythme très rapide. […]

Alors, la France, elle veut encore renforcer sa relation avec la Chine. […] Aujourd’hui, 1 500 000 Chinois visitent la France chaque année […]. Nous avons aussi une chance qui est de partager une communauté chinoise ici, en France, et je la salue. Plus de 600 000 personnes qui sont particulièrement dynamiques et qui vous ont réservé un très bon accueil. Et puis il y a ces Français qui se sont installés en Chine soit pour y faire leurs études – de plus en plus nombreux –, soit pour y créer une activité, y investir, y commercer et qui sont nos meilleurs vecteurs pour prolonger, promouvoir nos relations et notre amitié.

Alors,  50  ans  après  cette  décision  historique,  qu’est-ce  que  nous  avons  à  faire ensemble ? Quels défis nous pouvons relever ? Le premier, c’est la paix. C’était d’ailleurs ce que voulait le général  DE GAULLE,  ce  que voulait aussi le président MAO Zedong à ce moment-là où la Guerre froide avait saisi le monde  […].  Nous  sommes  attachées,  la  Chine  et  la  France,  à  l’indépendance,  à  la souveraineté.   Nous   avons   aussi,   vis-à-vis   des   organisations   internationales,   à commencer  par  l’ONU,  le  plus  grand  respect  parce  que  nous  sommes  membres permanents  du  Conseil  de  sécurité  et  que  nous  ne  nous  opposons  pas  aux  résolutions quand  elles  permettent  de  trouver  une  issue  à  des  conflits  qui,  depuis  trop  longtemps, bouleversent les équilibres du monde […]. La  Chine  et  la  France  regardent  au-delà de leurs propres continents et c’est pourquoi nous sommes solidaires de l’Afrique. La Chine y investit depuis longtemps, y travaille, y construit […]. Le second défi, c’est la croissance. J’allais dire, le vôtre, c’est de la maîtriser parce que vous êtes sur des rythmes considérables de progression de l’activité : 7 %  par  an,  ce sont les mauvaises années ; 10 % par an, ce sont les moyennes. […] Je  rappelle  ici  que  d’ici  2020,  plus  de  200  villes  chinoises  dépasseront  le  million d’habitants. Et là, il y a des besoins considérables que nos entreprises ici présentes peuvent satisfaire. […] Il  y  a  17  ans,  la  Chine  représentait  3 % de l’économie mondiale, aujourd’hui elle en représente 12 %. Il y a 17 ans, l’euro n’existait pas, aujourd’hui c’est la monnaie unique de 18 pays européens et la première devise en circulation dans le monde. »

 

Extraits  du  discours prononcé  par  le  président  de  la  République François HOLLANDE à l’occasion de la visite d’État  du  président  chinois  XI Jinping, le 27 mars 2014

Les mutations de la Chine dans les années 1980 analysées par deux journalistes français

« Aujourd’hui la Chine, après être passée de l’alliance de droit avec l’URSS contre les États-Unis à une alliance de fait avec les États-Unis contre l’URSS, a détendu ses relations avec celle-ci, sans compromettre vraiment celles qu’elle entretient avec l’Amérique. […]
D’une manière générale, la Chine donne de toute évidence la priorité à son renforcement interne et ne se pose plus, comme pendant les années 60, en Mecque du véritable communisme et en inspiratrice de nombreux mouvements révolutionnaires du tiers monde. Cette attitude n’est pas incompatible, bien au contraire, avec une certaine ouverture, notamment commerciale, indispensable en
tout état de cause à la modernisation économique et sociale du pays. […]
Régnant sur l’État le plus peuplé du globe, et de beaucoup, les successeurs des Ming et de MAO se doivent certes, d’abord, d’assumer la cohésion interne de leur pays. L’ouverture ne peut être, dans ces conditions, que lente. Mais il suffirait qu’elle s’amorce pour de bon pour avoir une portée considérable.
C’est dans ce contexte que l’accélération des échanges, après la mort de MAO Zedong, en 1976, doit retenir l’attention. Même si la part de la Chine dans le commerce mondial demeure infime, le fait est qu’elle a progressé de 20% par an entre 1978 et 1981. »

 

André FONTAINE et Pierre LI, Sortir de l’hexagonie, Paris, 1984

DENG Xiaoping analyse la situation du monde en 1974

En avril 1974, DENG Xiaoping, alors vice-premier ministre et chef de la délégation de la Chine à l’ONU, prononce ce discours critique à l’ONU, connu comme la présentation de sa « théorie des trois mondes ».

 

« Monsieur le président,

La session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies concernant les problèmes des matières premières et du développement, sur l’initiative du président du Conseil de la Révolution de la République algérienne démocratique et populaire Houari BOUMEDIENE et avec l’appui de l’écrasante majorité des pays du monde, a inauguré ses travaux avec succès.

C’est la première fois depuis sa fondation, il y a 29 ans, que l’ONU tient une session spéciale consacrée à l’examen de cet important problème qu’est la lutte contre l’exploitation et le pillage impérialistes, pour modifier les rapports économiques entre nations. Cela reflète les profonds changements intervenus dans la situation internationale.

Le gouvernement chinois salue chaleureusement l’ouverture de cette session. Il souhaite qu’elle contribue, de façon positive, à renforcer la solidarité entre les pays en voie de développement, à sauvegarder leurs droits et intérêts économiques nationaux et à promouvoir la lutte des peuples partout contre l’impérialisme et, en particulier, contre l’hégémonisme.

Actuellement, la situation internationale s’avère très favorable aux pays en voie de développement et aux peuples du monde. L’ordre ancien, basé sur le colonialisme, l’impérialisme et l’hégémonisme, se voit ébranlé et miné chaque jour davantage. Les rapports internationaux sont en mutation violente. Le monde entier connaît des bouleversements, il n’est pas tranquille. Cette situation est marquée, pour reprendre une expression chinoise, par « de grands bouleversements sous le ciel ».

Ces « bouleversements » sont une manifestation de l’exacerbation continuelle des diverses contradictions fondamentales qui existent dans le monde d’aujourd’hui. Ils accélèrent la désagrégation et la décadence des forces réactionnaires et pourries, en même temps qu’ils stimulent la prise de conscience des forces populaires montantes et contribuent à la croissance de leur puissance.

Dans cette situation caractérisée par « de grands bouleversements sous le ciel », les diverses forces politiques dans le monde, par suite d’un affrontement et d’une lutte de longue haleine, ont connu des divisions et regroupements intenses. Une série de pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine ont successivement accédé à l’indépendance, ils jouent un rôle grandissant dans les affaires internationales.

Le camp socialiste, qui avait existé pendant un temps après la Seconde Guerre mondiale, a déjà cessé d’être, avec l’apparition du social-impérialisme. Sous l’effet de la loi de l’inégalité du développement du capitalisme, le bloc impérialiste occidental s’est également désagrégé.

A en juger par les changements survenus dans les relations internationales, notre globe comporte maintenant, en fait, trois parties, trois mondes qui sont à la fois liés mutuellement et contradictoires entre eux. Les États-Unis et l’Union soviétique forment le premier monde ; les pays en voie de développement d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et des autres régions, le tiers monde ; et les pays développés se trouvant entre les deux, le second monde.

Les deux superpuissances, les États-Unis et l’Union soviétique, tentent, mais en vain, de s’assurer l’hégémonie mondiale. Elles cherchent, par divers moyens, à placer sous leur contrôle respectif les pays en voie de développement d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine ; et en même temps, elles malmènent les pays développés dont le potentiel est inférieur au leur.

Les deux superpuissances, les plus grands exploiteurs et oppresseurs internationaux de notre époque, constituent le foyer d’une nouvelle guerre mondiale. Toutes deux disposent d’importantes quantités d’armes nucléaires. Elles se lancent dans une course effrénée aux armements, font stationner des troupes aux effectifs considérables hors de leurs frontières et établissent partout des bases militaires, menaçant ainsi l’indépendance et la sécurité de tous les autres pays. Elles ne cessent de soumettre les autres États à la mainmise, à la subversion, à l’intervention et à l’agression. Toutes deux se livrent, sur le plan économique, à l’exploitation des autres nations, au pillage de leurs richesses et à la spoliation de leurs ressources.

A propos des vexations infligées à autrui, la superpuissance qui arbore l’enseigne du socialisme se montre particulièrement perfide. Elle a envoyé des troupes occuper la Tchécoslovaquie, son « allié », et fomentée une guerre pour démembrer le Pakistan. Elle ne tient pas sa parole et n’agit en aucun cas à la loyale. Cette superpuissance ne recherche que ses intérêts et, pour y parvenir, elle ne recule devant rien.

Les pays développés situés entre les superpuissances et les pays en voie de développement présentent des cas complexes. Certains d’entre eux maintiennent jusqu’à ce jour des rapports colonialistes sous diverses formes avec des pays du tiers monde ; le Portugal, par exemple, continue même d’exercer sa domination coloniale barbare. Cet état de choses doit être redressé.

Dans le même temps, ces pays développés souffrent tous, à des degrés différents, de la mainmise, de la menace ou des vexations de l’une ou l’autre superpuissance ; parmi eux, il y en a qui on en fait été réduits par une superpuissance à l’état de dépendance, sous la couverture de la prétendue « grande communauté ». Tous ces pays demandent, à tel ou tel degré, à s’affranchir de l’asservissement ou du contrôle des superpuissances et à préserver leur indépendance nationale et l’intégrité de leur souveraineté.

Les nombreux pays en voie de développement ont été pendant longtemps victimes de l’oppression et de l’exploitation du colonialisme et de l’impérialisme. Ils ont conquis l’indépendance politique ; cependant, ils se trouvent confrontés, sans exception, à la tâche historique de liquider les forces résiduelles du colonialisme, de développer l’économie nationale et de consolider l’indépendance nationale.

Ces pays s’étendent sur de vastes territoires, où vit une population très nombreuse et où les ressources naturelles sont en abondance. Les plus cruellement opprimés, ils nourrissent un désir des plus ardent de s’opposer à l’oppression, d’acquérir la libération et d’œuvrer pour le développement. Dans la lutte pour la libération et l’indépendance nationales, ils témoignent d’une puissance prodigieuse sans pareille et remportent continuellement des victoires éclatantes. Ils constituent la force motrice révolutionnaire qui fait avancer la roue de l’histoire universelle, de même que la force principale dans la lutte contre le colonialisme, l’impérialisme et, en particulier, contre les superpuissances.

Des contradictions inconciliables opposent les deux superpuissances puisqu’elles se disputent l’hégémonie mondiale ; ou tu l’emportes sur moi, ou c’est moi qui l’emporte sur toi. Le compromis et la collusion entre elles ne peuvent qu’être partiels, temporaires et relatifs, tandis que leur rivalité est générale, de longue durée et absolue. La soi-disant « réduction équilibrée des forces armées » et la soi-disant « limitation des armements nucléaires stratégiques » ne sont, en fin de compte, qu’un pur verbiage. En réalité, il ne peut y avoir ni « équilibre » ni « limitation ». Il se peut que les deux superpuissances parviennent à certains accords, mais de tels accords ne sont que des choses superficielles et trompeuses, sous le couvert desquelles elles se lancent, au fond, dans une rivalité plus grande encore.

La rivalité entre les superpuissances s’étend partout dans le monde. Sur le plan stratégique, le point clé de leur rivalité, c’est l’Europe, où elles se trouvent en affrontement intense depuis de longues années. Par ailleurs, leur dispute s’accentue au Moyen-Orient, en Méditerranée, dans le golfe Persique, dans l’océan Indien comme dans la région du Pacifique. Elles prêchent journellement le désarmement ; mais en fait, il se ne passe un seul jour sans qu’elles ne procèdent à l’expansion des armements. Tous les jours, elles parlent de « détente » mais créent en fait la tension. Là où elles portent leur rivalité, il y a des bouleversements.

Tant qu’existeront l’impérialisme et social-impérialisme, notre planète ne saurait absolument pas connaître la tranquillité ni la paix dite durable ; ou bien ce sont eux qui entreront la guerre l’un contre l’autre, ou bien ce sont les peuples qui se dresseront pour la révolution. Comme l’a fait ressortir le président MAO Zedong, « le danger d’une nouvelle guerre mondiale demeure et les peuples du monde doivent y être préparés. Mais aujourd’hui, dans le monde, la tendance principale, c’est la révolution ».

Les deux superpuissances se sont créé elles-mêmes leurs antagonistes. Leurs agissements sont ceux de grands pays qui malmènent des petits pays, ceux de pays forts qui humilient des pays faibles, et ceux de pays riches que oppriment des pays pauvres ; ils se heurtent à une résistance énergique de la part du tiers monde et des peuples de tous les pays. Les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine ont obtenu sans discontinuer de nouvelles victoires dans leur lutte contre le colonialisme, l’impérialisme et, en particulier, contre l’hégémonisme.

Les peuples d’Indochine continuent à faire progresser leur lutte contre l’agression de l’impérialisme américain, pour la libération nationale. Les peuples des pays arabes et de Palestine, au cours de la quatrième guerre moyen-orientale, ont rompu l’emprise des deux superpuissances, renversé la situation « ni guerre, ni paix » et remporté une grandiose victoire sur l’agresseur israélien. La lutte des peuples africains contre l’impérialisme, le colonialisme et la discrimination raciale gagne en profondeur.

La République de Guinée-Bissau est née glorieusement dans les flammes ardentes de la lutte armée. Les peuples du Mozambique, de l’Angola, du Zimbabwe, de Namibie et d’Azanie développent avec vigueur la lutte armée et le mouvement de masse contre la domination coloniale portugaise et le racisme blanc en Afrique du Sud et en Rhodésie du Sud. La lutte que des pays latino-américains avaient engagée les premiers pour préserver leur droit sur la mer s’est d’ores et déjà transformée en une lutte contre l’hégémonie maritime des deux superpuissances, qui se déroule a l’échelle mondiale.

La 10e Conférence au sommet des pays africains, la 4e Conférence au sommet des pays non-alignés, la Conférence au sommet des pays arabes ainsi que la Conférence au sommet des pays islamiques ont toutes condamné avec véhémence l’impérialisme, le colonialisme, le néo-colonialisme, l’hégémonisme, le sionisme et le racisme ; elles ont traduit la ferme volonté et la farouche détermination qu’ont les pays en voie de développement de resserrer leurs rangs, de se prêter mutuellement aide et soutien, et de se battre avec la même haine envers l’ennemi.

La lutte que les pays et peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine ont menée en avançant par vagues successives a mis à nu la nature vulnérable de l’impérialisme et notamment des superpuissances, qui sont forts en apparence mais faibles en réalité. Elle a porté un coup dur à leur sinistre ambition de s’assurer la domination du monde.

L’hégémonisme et la politique du plus fort pratiquées par les deux superpuissances ont suscité d’ailleurs un vif mécontentement des pays développés du second monde. La lutte entreprise par ces pays contre la mainmise, l’intervention, la menace et l’exploitation des superpuissances qui rejettent sur eux le poids de la crise économique se développe avec chaque jour qui passe. Elle exerce aussi une influence importante sur l’évolution de la situation internationale.

Des faits innombrables démontrent que toute conception qui surestime la force des deux superpuissances et sous-estime la force des peuples est dénuée de fondement. Ce n’est pas une ou deux superpuissances, mais le tiers monde et les peuples de partout qui, restant unis et osant livrer combat et arracher la victoire, sont vraiment puissants.

Les nombreux pays et peuples du tiers monde, puisqu’ils ont su conquérir l’indépendance politique par une lutte de longue haleine, pourront sans aucun doute, sur cette base, resserrer leurs rangs, s’unir avec les pays victimes des vexations des superpuissances et avec tous les peuples du monde, y compris les peuples américain et soviétique, en vue d’amener, par une lutte soutenue, un changement radical dans les relations économiques internationales basées sur l’inégalité, la mainmise et l’exploitation, et de créer des conditions indispensables pour développer en toute indépendance l’économie nationale.

 

Monsieur le président,

La Chine est un pays socialiste et en même temps un pays en voie de développement. Elle appartient au tiers monde. Le gouvernement et le peuple chinois, indéfectiblement fidèles aux enseignements du président MAO appuient résolument la lutte menée par les nations et peuples opprimés de partout pour la conquête et la sauvegarde de l’indépendance nationale et le développement de l’économie nationale, contre le colonialisme, l’impérialisme et l’hégémonisme ; il s’agit là d’un devoir internationaliste que leur incombe.

La Chine n’est pas et ne sera jamais une superpuissance. Qu’entendons-nous par superpuissance ? Ce sont les pays impérialistes qui se livrent en tous lieux à l’agression, à l’intervention, à la mainmise, à la subversion et au pillage à l’encontre des autres pays et recherchent l’hégémonie mondiale.

Un grand pays socialiste, s’il connaît la restauration du capitalisme, deviendra inévitablement une superpuissance. La Grande Révolution culturelle prolétarienne menée en Chine au cours de ces dernières années, et le mouvement de critique de LIN Piao et de CONFUCIUS qui se développe à l’échelle nationale, ont l’un comme l’autre pour but de prévenir le retour au capitalisme et de garantir que la Chine socialiste ne changera jamais de couleur, qu’elle se tiendra pour toujours aux côtés des nations et peuples opprimés.

Si la Chine venait un jour à changer de nature et devenait une superpuissance se conduisant elle aussi en despote dans le monde et se livrant partout aux vexations, à l’agression et à l’exploitation, alors les peuples du monde seraient en droit de lui coller l’étiquette de social-impérialisme, de dénoncer ce social-impérialisme, de le stigmatiser et, de concert avec le peuple chinois, de l’abattre.

 

Monsieur le président,

L’histoire se développe dans la lutte, et le monde avance à travers les bouleversements. L’impérialisme et surtout les superpuissances, assaillis de multiples difficultés, connaissent un déclin accéléré. Les pays veulent l’indépendance, les nations veulent la libération et les peuples veulent la révolution ; c’est un courant irrésistible de l’histoire. Nous sommes convaincus que les pays et les peuples du tiers monde, en renforçant leur solidarité, en unissant à eux toutes les forces susceptibles d’être unies et en persévérant dans une lutte prolongée, seront à même d’arracher sans cesse de nouvelles victoires. »

 

Intervention de DENG Xiaoping (chef de la délégation chinoise à l’ONU) devant l’Assemblée générale de l’ONU, 10 avril 1974

Le rapprochement sino-américain analysé par un journaliste français (1971)

« L’annonce d’une prochaine visite du président NIXON à Pékin a étonné le monde et fait l’objet d’innombrables commentaires. Comment la Chine qui ne cesse de dénoncer la politique d’agression des États-Unis a-t-elle pu accepter le principe de cette rencontre ? Quelles raisons ont pu pousser le gouvernement de Washington à faire ce geste […] ?
Certes, les facteurs qui ont dû pousser les États-Unis dans le sens de cette détente sont nombreux. […] Parmi ceux qui peuvent être considérés comme prépondérants probablement faut-il retenir dans l’ordre, l’espoir de faciliter le règlement du conflit vietnamien, la perspective de l’élection présidentielle de 1972, la question de l’entrée de la Chine à l’ONU et la volonté de faire pression sur l’URSS. Les raisons qui ont pu amener la Chine populaire à accepter le dialogue sont tout aussi importantes.
La première, qui est d’ordre très général, tient évidemment à la crainte qu’éprouve le gouvernement de Pékin de voir ceux de Washington et Moscou s’entendre contre lui sur un certain nombre de points. Quelle que soit l’idée que l’on se fasse de l’avenir de la détente sino-américaine, on ne peut nier la réalité actuelle et le danger qu’elle fait courir au gouvernement de Pékin. La Chine est un pays pauvre et le restera probablement encore pour un certain temps. C’est dire que sa puissance, pour de nombreuses années encore, ne pourra être fondée sur sa capacité industrielle mais sur son dynamisme politique et son habileté diplomatique. Le seul moyen dont dispose le gouvernement chinois pour s’affirmer sur la scène internationale, c’est de faire échec à tout rapprochement entre les deux super-puissances. »

 

Extrait de l’article de François JOYAUX, publié dans le Monde diplomatique en septembre 1971 et cité dans « Confucius, Mao, le marché… jusqu’où ira la Chine ? », Manière de voir 85, février-mars 2006.

Le regard d’un journaliste français sur la Chine de MAO (1965)

« Aujourd’hui, l’aspiration de la Chine à la direction de la révolution communiste est partout étalée dans les textes officiels, et c’est à chaque instant que le Quotidien du peuple* ou le Drapeau rouge* invitent les communistes à regarder vers Pékin, aussi bien les communistes des pays impérialistes que ceux des pays coloniaux ou semi-coloniaux. Partout en Chine j’ai vu affichée sur les murs l’image du vaillant prolétaire chinois guidant vers le combat ses frères noirs, jaunes et blancs. La thèse sans cesse répétée est que le marxisme-léninisme a été trahi en Occident par toutes les équipes communistes en place, en commençant par l’équipe khrouchtchévienne. […]
Dans le domaine diplomatique, le retour à la Chine signifie la fin d’un contrôle ou même d’une suzeraineté qu’exerçait Moscou sur la diplomatie chinoise. Jusqu’à une date récente, la Chine acceptait qu’une bonne partie de ses relations avec le monde extérieur passât par Moscou. Il lui était égal d’être absente de la scène internationale, ou du moins elle pouvait se le permettre, ayant assez à faire avec les problèmes intérieurs. Toute vassalité diplomatique par rapport à l’Union soviétique est aujourd’hui intolérable. Pour que le monde regarde vers la Chine, il faut que la Chine soit présente partout dans le monde. […]
Le retour à la Chine, c’est encore l’affirmation du principe de l’indépendance économique. «Comptons uniquement sur nos propres efforts », dit un slogan partout présent dans les usines […]. C’est un slogan courageux, quand il est proposé aux travailleurs chinois, puisqu’il leur demande l’énorme effort de combler le vide laissé par le départ des experts russes et de l’aide russe. […] »

 

* Il s’agit de titres de journaux chinois.

 

Robert GUILLAIN, Dans trente ans la Chine, Éditions du Seuil, 1965.

DENG Xiaoping et la réforme économique de la Chine (1982)

« La réforme dans les régions rurales a porté ses fruits au bout de trois ans ; celle dans les villes demandera au moins trois à cinq années avant de donner des résultats tangibles. L’expérience acquise dans les campagnes nous permet de penser que la réforme dans les villes pourra aussi aboutir. Sa complexité rend inévitable que des erreurs se produisent, mais cela n’affectera pas la situation générale. Nous avancerons avec prudence et tout phénomène défectueux sera promptement rectifié […]. Nous avons la conviction que notre réforme dans les villes sera également un succès. La troisième session plénière du Comité central issu du XIIe congrès du Parti s’inscrira comme un évènement très important. […] Les zones économiques spéciales sont comme des fenêtres ouvertes sur le monde ; elles permettent de faire entrer chez nous les techniques, les modes de gestion et les connaissances d’autres pays, et aussi de faire connaître notre politique extérieure. Par le biais de ces zones, nous pouvons introduire des technologies, acquérir des connaissances et assimiler de nouvelles méthodes de gestion, la gestion étant aussi une forme du savoir. Certains des projets mis en œuvre peuvent n’être pas très rentables pour le moment, mais à envisager les choses à long terme, ils sont avantageux et fructueux. »

 

DENG Xiaoping, Les questions fondamentales de la Chine aujourd’hui, 1982.

François MITTERRAND juge la Chine en 1966

En 1966, le député François MITTERRAND préside la Fédération de la Gauche démocrate et socialiste, regroupant la gauche française non-communiste. Il a visité la Chine en 1961 et rencontré MAO Zedong.

 

« La Chine populaire est au travail. Avec passion, avec acharnement, avec une incroyable rigueur logique dans l’exécution de conceptions incroyablement changeantes, quoique, d’un bond en avant à un bond de côté, elles demeurent, selon les doctrinaires, dans la ligne lénino-marxiste revue et commentée par MAO.

Elle multiplie les expériences. Il lui faut tout faire à la fois. […] Produire plus, mieux, moins cher et plus vite, alors qu’elle en est au stade d’un investissement dont le profit reste au futur ; centraliser, rationaliser, distribuer pour nourrir une population qui s’accroit actuellement d’une demi-France par an ; entreprendre de grands travaux. […] En quinze années, elle a endigué des fleuves, modelé des montagnes, détruit et reformé une société, éduqué des cadres par centaines de milliers. Mais […] les ingénieurs qui sondent les profondeurs du sol, réinventent un équipement ultramoderne, rationalisent le rendement, […] mais les fonctionnaires du Parti qui s’épuisent à expliquer, à convaincre, à contrôler, à rendre compte, ne sont encore que les pionniers des temps futurs. »

 

François MITTERRAND, préface à l’Histoire de la Chine en 1 000 images de Claude ESTIER, 1966

L’un des premiers discours de la Chine communiste à l’ONU (1971)

Trois semaines avant cette intervention, la Chine communiste a pris la place de la Chine nationaliste (Taïwan) comme membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU.

 

« La Chine est encore un pays économiquement arriéré et un pays en cours de développement à la fois. Comme la grande majorité des pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, la Chine appartient au Tiers-Monde […]. A aucun moment, ni maintenant, ni jamais, la Chine ne sera une superpuissance soumettant les autres à son agression, à son contrôle ou à son harcèlement. […] La Chine ne participera jamais aux prétendues conversations du désarmement entre les puissances nucléaires derrière le dos des puissances non-nucléaires. La Chine ne produit des armes nucléaires que pour sa défense et pour briser le monopole nucléaire afin d’éliminer en définitive les armes nucléaires et la guerre nucléaire. […] Il est de notre devoir naturel d’aider les peuples de divers pays dans leur lutte légitime : nous avons aidé certains pays amis à développer leurs économies nationales indépendamment. En apportant notre aide, nous respectons toujours strictement la souveraineté des pays bénéficiaires, nous ne posons pas de conditions et n’exigeons aucun privilège. Nous apportons à titre gratuit une aide militaire à des pays et à des peuples en lutte contre l’agression. Nous ne deviendrons jamais des marchands d’armes et de munitions. Cependant, du fait que l’économie de la Chine est encore relativement en retard, l’aide matérielle que nous apportons est très limitée : ce que nous pouvons surtout procurer, c’est le soutien politique et moral. »

 

CHIAO Kuan-Hua (vice-ministre des Affaires étrangères chinois), discours devant l’Assemblée générale de l’ONU, 15 novembre 1971

La théorie des trois mondes de DENG Xiaoping (1974)

« A en juger par les changements intervenus dans les relations internationales, notre globe comporte en fait maintenant trois parties, trois mondes qui sont à la fois liés mutuellement et contradictoires entre eux.

Les États-Unis et l’Union soviétique forment le premier monde, les pays en voie de développement d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et des autres régions, le tiers-monde, et les pays développés se trouvant entre eux [forment] le second monde. Les deux superpuissances, les États-Unis et l’Union soviétique tentent mais en vain de s’assurer l’hégémonie mondiale. Elles cherchent par divers moyens à placer sous leur contrôle respectif les pays en voie de développement […]. Tous les jours, elles parlent de « détente » mais créent en fait la tension. […] Les deux superpuissances, les plus grands exploiteurs et oppresseurs internationaux de notre époque, constituent le foyer d’une nouvelle guerre mondiale. […]

La Chine est un pays socialiste et en même temps un pays en voie de développement. Elle appartient au tiers-monde. Le gouvernement et le peuple chinois, indéfectiblement fidèles aux enseignements du président MAO, appuient résolument la lutte menée par les nations et les peuples opprimés de partout pour la conquête et la sauvegarde de l’indépendance nationale et le développement de l’économie nationale, contre le colonialisme, l’impérialisme et l’hégémonisme. […] La Chine n’est pas une superpuissance et jamais elle ne cherchera à en être une. »

 

Intervention de DENG Xiaoping (chef de la délégation chinoise à l’ONU) devant l’Assemblée générale de l’ONU, 10 avril 1974 (lire le discours en intégralité)

1 2